Figuration Narrative - Mai 2008 fait entrer 68 au Grand Palais |
Écrit par
Morgan
le 17-04-2008
| Mise à jour le 17-04-2008
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D ans la lignée des rétrospectives dédiées aux grands mouvements français d'après-guerre, consacrée l'année dernière aux « nouveaux réalistes », le Grand Palais présente en ce moment une sélection de plus de 100 peintures, vidéos ou objets, offrant aux visiteurs un large panorama de la nouvelle peinture figurative apparue en France au cours des années 60, et passée à la postérité sous le nom de : « Figuration narrative ».
C'est en 1964 qu'a eu lieu la naissance “symbolique” de la figuration narrative. L'exposition Mythologies Quotidiennes présentée cette année au musée d'art moderne de la ville de Paris, réunie de nombreux artistes d'horizons divers, mais tous ont en commun une volonté d'échapper au formalisme de l'abstraction ainsi qu'une attirance pour l'imagerie populaire de ce qu'on commence alors à nommer “la société de consommation”. Le critique d'art Gassiot-Talabot organise l'exposition, dés lors il défendra sans cesse les acteurs de ce mouvement mais refusera de prendre le rôle de théoricien attitré comme le fera Restany avec les “nouveaux réalistes”.
A l'époque le groupe se divise en deux parties, il y a le noyau de départ des Mythologies Quotidiennes (Rancillac, Télémaque, Foldès...) et le groupe d'artiste d'extrême gauche du salon de la jeune peinture (Arroyo, Aillaud...). Sous l'influence de Aillaud, le théoricien du salon de la jeune peinture, l'ensemble de la figuration narrative se politise rapidement, l'objectif est a présent de répondre par la peinture a une réalité sociale ou politique. Certains membres du PCF, d'autres socialistes ou anarchistes, les artistes de la figuration narrative prendront part activement à Mai 68, ils occupent les Beaux-arts de Paris où ils impriment toutes les nuits les affiches des manifestations du lendemain.
Le Grand Palais tente de ranimer sur 1000 m² la vitalité de ce mouvement qui souffla sur les milieux artistiques de l'époque un vent de liberté et d'audace. L'exposition se développe en six parties distinctes selon un ordre à la fois chronologique et thématique et couvre une période allant de 1960 à 1972. L'accrochage distribue les œuvres avec élégance malgré l'espace restreint qui oblige le commissaire (comme ce fut déjà le cas avec les nouveaux réalistes) à rapprocher, parfois au risque de les faire se contredire, les peintures entre elles. Les trois premières salles du rez-de-chaussée proposent un éclairage rapide sur les origines du mouvement et sur l'exposition de 64, s'en suit une agréable sélection de peinture jouant de l'art du détournement avec de grandes toiles de l'histoire de l'art, on y remarquera une descente du Christ de Van Der Weyden non sans humour.
Ce premier étage terminé, on ouvre un porte et, un peu décontenancé on pense sortir un instant de l'espace de l'exposition, des ses murs colorés, de ses parois obliques et l'on s'attend à prendre un escalier pour rejoindre la “suite de l'exposition” ; mais l'on découvre avec surprise, dans une salle carré, éclairer sans subtilité, comme entre deux courants d'air, l'œuvre qu'on attendait avec impatience : Vivre et laisser mourir ou La fin tragique de Marcel Duchamp série de huit huiles sur toile réalisées par Aillaud, Arroyo et Recalcatti en 1965 et mettant en scène le meurtre de Duchamp par ces trois artistes. L'œuvre en elle-même mérite qu'on visite l'exposition, et l'on regrettera sans doute de ne pas la voir présentée dans des conditions plus agréables. Arrivé au deuxième étage, la moquette et les couleurs chaudes et tamisés nous mettent immédiatement à l'aise et, paradoxalement s'associent avec pertinence au bleu froid des peintures de Monory, dont on aurait préféré qu'il est plus d'espace pour s'exprimer. Après cette escapade dans l'univers du roman noir et policier, dont on connaît les liens avec l'extrême gauche française, l'exposition consacre une grande salle ovale, la dernière, à la “figuration politique”. En pleine période de guerre froide, de décolonisation, et de luttes sociales, les artistes de la figuration narrative investissent avec force les problématiques de leur époque en prennant position de manière radicale.
L'exposition, incontournable par le panorama qu'elle offre sur l'art de cette époque, n'arrive pas a séduire totalement le visiteur qui regrettera sans doute de ne pas trouver les grands chefs-d'oeuvres des ces artistes, ainsi que l'espace nécessaire à la présentation d'un tel mouvement. Mais il était grand temps de rendre à ces hommes la place qu'ils occupent de fait dans l'histoire de l'art moderne français, et l'on ne peut que se réjouir d'une telle initiative.
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