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« Au début il y avait le Verbe … » (St. Jean)
Words – Painting (Peinture – Mot)
La « Peinture – Mot » signifie la symbiose entre le langage écrit et le langage pictural par le sens.
Ce point de vue représente dans le même temps une alternative dans la façon de voir la peinture.
En principe, tout mot a un sens prédéfini. Il va être trouvé au fur et à mesure que le besoin de nommer une abstraction ou une action apparaît.
Dans cette perspective, nous partons par le sens vers le mot avec cette énergie originaire que nous sentons le besoin de nommer, en lui donnant, après, la forme de mot.
Ces mots, retrouvés par une autre démarche que celle de l’apprentissage, vont faire l’objet de ce que je nomme ici « words painting », des mots qui vont être dévoilés par les formes d’expression spécifiques de la peinture.
Au final, par l’état de grâce de la reconquête du sens prédéfini, nous allons obtenir un état d’esprit – effet de raisonnements et d’expériences personnels et collectifs.
De cette manière, le mot devient symbole, une source de poly-sémantisme.
La surface peinte va dépendre de la relation logique intrinsèque, soit-elle paradoxale, entre la multitude des sens paralittéraires du mot choisi comme sujet et l’abstraction d’un ton coloré, choisi comme expression et symbole de cet état métaphysique et rationnel qui précède la parole. La surface colorée va se transformer, en conséquence, dans le milieu naturel et alchimique des sens qu’on transmet à travers les mots.

Si, dans le sens biblique, le sens prédéfinit la parole, dans le projet ci-présent nous cherchons la nature de l’état de grâce par lequel le mot va être défini ultérieurement.
En parcourant et en réfléchissant ainsi à une série d’expériences personnelles et collectives, un nouvel alphabet va se construire, un alphabet sensible, formé, cette fois, non pas de lettres ou de signes, mais d’expressions – paroles vivantes, déjà vécues antérieurement.
Maintenant, l’intervention de l’artiste devient essentielle de deux points de vue.
Un d’entre eux démontre sa capacité à trouver des mots-clé par lesquels vont être exprimés ces états d’esprit et ces significations vivantes qui nous caractérisent tous et dans lesquels nous allons nous retrouver forcément.
Le deuxième renvoie à la capacité de régénération intérieure de l’artiste, la seule capable d’ouvrir toujours à ce dernier l’accès à la douleur ou à la joie collective, par la mise en place de la répétition du chaque mot, dans des toiles successives, apparemment identiques.

Chaque fois, les mots invoqués vont se proliférer dans des actions fidèles à eux-mêmes, mais cherchant toujours le sens volontairement mis à part dans l’action précédente.
Une prémisse importante de cette démarche de recherche se trouve dans la philosophie tragique de la fin imminente de toute action humaine; d’ici, la trajectoire du vol métaphysique passe vers le concret de la reconnaissance des propres limites.
Comme je le disais avant, du point de vue biblique, le mot précède le fait. Maintenant, l’artiste, déformé par les heurts de son propre vol contre les murs construits par lui-même, nomme, par le mot, ce qu’on connaissait, dans un sens démiurgique, depuis longtemps. C’est-à-dire, du point de vue axiologique, l’artiste va être contraint à s’inventer un arsenal intelligent de pensées, émotions et actions passagères.
En d’autres paroles, le besoin de reproduire du point de vue esthétique, pictural, le mot qui a à la base un langage subjectif, ante-créé d’une façon collective, va générer l’acte reflex de répétition du même mot, pour accomplir chaque fois l’état des diverses hypostases qui l’ont créées.

Un autre point de vue de ce projet le représente le rapport au langage « Braille » ; ç’est de la peinture destinée aux personnes aveugles au sens propre et au sens figuré du terme. A ceux dont les yeux du corps physique et les yeux de l’esprit ne voient plus. On compte, par cet exercice, les amener à voir.
Il y a deux types d’écriture sur la toile : concave et convexe ; concave, comme dans le langage « Braille », se présente comme une partie descriptive, logique de l’idée ; convexe, l’inverse de l’écriture du langage « Braille », qui précise le message, des mots en relief qui mettent l’artiste dans la posture démiurgique de constructeur, de créateur.
Vue cette relation au langage « Braille », une autre application pourrait etre l’exécution, par des artistes aveugles (au sens propre du terme) des toiles de ces séries.

La déclaration d’imperfection de ce projet se trouve dans un fatal nombre fini d’exponats - états d’esprit - qui définissent ce mot. J’ai choisi le chiffre 365 parce qu’il représente un cliché symbolique pour nous tous; le nombre de jours calendriers d’une année signifie en fait l’amplification de la fatalité de la fin de notre propre vie. De la même façon, l’artiste aura tragiquement la chance de reproduire le même mot seulement 365 fois.
Ainsi, la toile avec le numéro 365 va etre considérée « archétype » pour toutes les autres 364. La composition, la technique, la dimension, le message devront etre respectés. Le but est de montrer l’unicité de chaque toile, des gestes uniques de l’artiste sur chaque toile, en dépit de la ressemblance apparente des éléments. Le geste en lui-meme suffit pour rendre la touche unique. En plus, la meme couleur peut etre dérivée en 365 variantes ; ç’est un argument suffisant pour démontrer l’unicité intrinsèque d’une surface peinte.

Le décompte va être fait dégressivement, de 365 à 1.
Ainsi, chaque expérience personnelle vécue par l’artiste dans la démarche de peindre les variantes d’un mot va être amplifiée directement proportionnel à leur épuisement numérique.
Peindre chaque fois une surface qui contient le même mot, les mêmes signes, devient ainsi un acte unique, strictement personnel, sans la recherche d’une originalité démonstrative à exhiber devant les autres.
Bien-sur, la vie de l’artiste Cornel Barsan sera trop courte pour peindre les 365 variantes de chaque toile - archétype. Le coordonnateur du projet va devoir désigner les autres artistes qui voudront participer à ce projet qui se continuera, par la suite, dans les générations futures. Un règlement technique de ce projet s’avérera donc etre nécessaire.

Du point de vue de la valeur de marché, et d’une façon paradoxale à la pensée actuelle, les toiles gagneront en valeur au fur et à mesure qu’elle se « répèteront ». Ainsi, la toile – archétype, avec le numéro 365, aura la valeur la plus petite, et la dernière, avec le numéro 1, sera la plus chère, en progression arithmétique. Je m’appuie dans cette attitude sur le fait que chaque jour vécu par un homme fait le suivant d’autant plus précieux que sa vie approche de la fin.
Cornel Barsan
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