C onteur ultime d'une jeunesse dorée américaine perdue entre fiction et réalité, il dépeint comme personne les aléas de la bourgeoisie américaine de L.A, New York ou Beverly Hill, univers étranges où règnent sexe, drogue, hype et violence. Il a publié entre autre American Psycho, critique acerbe de la haute société américaine où un Golden Boy de Wall Street s’avère être un terrible serial killer insensible, et Glamorama, véritable chef d’œuvre mélangeant hype, jet set et terrorisme (!) dans un style toujours très cinématographique. Alors que Lunar Park, son dernier roman, s’apprête à sortir en France, retour sur un monstre sacré de la littérature contemporaine américaine. Bret Easton Ellis est né en 1964 à Los Angeles. Issu d’un milieu aisé, il se lance dans la littérature alors qu’il est encore étudiant. En 1985, il publie son premier roman Moins que Zéro, qui devient rapidement un best seller, et on le compare déjà à l’Attrape Cœur de Salinger ! L’écrivain est alors très vite médiatisé, surtout à cause de son jeune âge. S’ensuit la publication des Lois de l’Attraction, descente aux enfers de la jeunesse dorée américaine dans une université renommée, et de Zombies, un recueil de nouvelles acerbes et troublantes. Puis American Psycho, et Glamorama, certainement ses deux plus grands romans voient le jour respectivement en 1991 et 1999.
Bret Easton Ellis écrit toujours sur la même chose, mais avec une lucidité, un humour et une ironie remarquable. Il illustre à la perfection la jeunesse dorée américaine, encore à l’Université ou déjà à Wall Street, travaillant dans des boîtes prestigieuses, mais définitivement perdus, prisonniers entre leurs multiples prises de coke, Xanax, Valium, leurs U.V quotidiens ou leur sorties nocturnes. Son univers décrit une société élitiste où rien n’a plus d’importance que le contact superficiel entre les personnes de même classe. Les conversations de sourds s’enchaînent, tout cela baigné dans un climat de luxe, où on découvre une Jet Set prise d’un mal être permanent. Les sentiments sont confus, les personnages paraissent terriblement perdus dans un monde qui ne leur correspond pas sans pour autant en prendre conscience. Pour Bret Easton Ellis, rien n’existe, tout paraît. Les gens ne se reconnaissent pas toujours alors qu’il se côtoie quotidiennement, les noms se mélangent, les personnes se confondent. Ils peuvent même disparaître sans que l’on s’en aperçoive, puisqu’au final, dans cet univers, personne ne se préoccupe réellement de l’existence de l’autre. Ellis est un écrivain extraordinaire qui capte et traduit l’imperceptible, dans une atmosphère trash ou coke et Valium sont devenus de simple coupe faim, pris sans appréhension. Paraître devient un art, à tel point que les protagonistes des romans d’Ellis ont perdu toute notion de la réalité. Ils évoluent dans un autre monde ou drogue, sexe et ultra violence sont parti intégrante. Ainsi, les personnages ne ressentent plus rien pour la plupart, en permanence sous l’emprise de drogues de toutes sortes. Et le style bref et froid de l’écrivain traduit à la perfection cette singulière manière de vivre. On reste happé, totalement fasciné par cette ambiance mondaine terriblement superficielle qui peut cependant basculer à tout moment dans l’ombre. Ecrivain culte, dans ses idées comme dans son style, Bret Easton Ellis est un digne héritier de la « Beat Génération », (mouvement littéraire qui a perduré entre 1950 et 1965). Souvent imité mais jamais égalé, il est une grande source d’inspiration de jeunes écrivains en France (Lolita Pille ou même Virginie Despentes) comme dans le reste du monde, et plusieurs de ses œuvres ont été adaptés au cinéma.
|